B comme Barthélemy Boganda…

Le 13 août, est un jour exceptionnel en République Centrafricaine, mais c’est aussi l’occasion de rendre hommage à un homme exceptionnel, un héros de la patrie, qui par sa persévérance, son sens du devoir et sa force de caractère a tout rendu possible : Barthélemy Boganda. B.B n’a jamais ménagé aucun effort pour voir aboutir l’idéal national, le « Zo Kwe Zo ». Il devait créer les Etats Unis d’Afrique. Le projet fut torpillé, il n’a jamais baissé la garde. Il était convaincu qu’il avait raison, il devait agir pour le bien de la postérité. Le 23 mars 1959, un an seulement après la proclamation de la République Centrafricaine, ex-Oubangui-Chari, il perd la vie dans un mystérieux et tragique accident d’avion dans la préfecture de la Lobaye. Simple avarie de moteur ou assassinat ? L’enquête a révélé la piste de l’accident sans toutefois préciser la défaillance. Ses fidèles ont toujours flairé l’élimination d’un homme qui dérangeait. La République Centrafricaine ne l’oubliera jamais, elle lui est reconnaissante à jamais. En République Centrafricaine, le 23 mars est un jour pas comme les autres, depuis 1959. C’est un jour du souvenir, c’est l’anniversaire de la mort du fondateur de la République, le prêtre et député, Barthélemy Boganda. Ce jour-là, l’avion dans lequel se trouve le président s’écrase dans des conditions mystérieuses sur la rive gauche de la Lobaye. Il a alors quarante neuf ans. Boganda a toujours prôné l’égalité entre les hommes, surtout le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, dans une Afrique encore sous domination coloniale, et même malgré la loi Deferre. Sa disparition est loin d’être un simple accident, il y a plein de faits troublants qui entourent sa mort. D’abord la saisie des exemplaires du journal l’Express du 7 mai 1959, destinés à l’ex Oubangui-Chari, ce numéro apportait des précisons inouïes sur la mort de Boganda. Ensuite, on ne sait toujours pas ce qu’est devenu le rapport technique de l’accident ? Boganda, l’homme qui rêvait des Etats Unis d’Afrique, a sans doute été piégé par ceux qui le voyaient venir, qui craignaient son ascension et qui avaient sabordé son projet d’unir le continent. Mais on ne sait pas, avec quelle complicité locale ?

L’un des signes les plus forts de Barthélemy Boganda, ici aux côtés du Général De Gaulle et de Pierre Mesmer à
Brazzaville à l’église Sainte Anne, était sa croyance en l’avenir

Soixante-un ans après, on n’a pas du tout avancé, on ignore toujours, ce qui a réellement causé la mort du père-fondateur de la République Centrafricaine. La mémoire du chantre de la justice, la même justice pour tous, est immuable. Les hommages ne manquent pas : Stade Boganda,lycée Boganda, avenue Boganda, monument Boganda, musée Boganda…Le fondateur de la République Centrafricaine, le grand héros de l’histoire de la RCA, est né en 1910.  A cette époque, l’Oubangui-Chari était, sous le joug des sociétés concessionnaires qui n’hésitaient pas à briller dans des exactions sans commune mesure, entre autres : la réquisition de la main d’œuvre, les arrestations arbitraires, l’interdiction pour les noirs de fréquenter les lieux publics, les salaires insuffisants, le travail non rémunéré. Le jeune Boganda connaît à peine sa mère que celle-ci succombe, quelques temps après, elle a été battue par les concessionnaires. Parce qu’elle n’a pas rapporté la quantité de caoutchouc requise. Boganda est recueilli par le père Herriau, qui l’emmène à Bétou, la ville frontière du Moyen-Congo. Tout le monde le remarque, il est exubérant, il est enthousiaste. Boganda se distingue comme le meilleur élève de sa classe. En 1922, le 24 décembre exactement, il est baptisé et devient Barthélemy. Mais déjà, il pense à la suite, il veut devenir prêtre, son pays n’en a pas. Il y voit une manière de s’affranchir. Ainsi, il poursuit ses études tour à tour à Brazzaville chez les spiritains à Kisantu au Congo- Belge, l’actuelle RDC, auprès des jésuites. L’expérience est enrichissante. Il fait alors la connaissance d’autres Africains. Sa détermination est intacte.

Une lancée sur les chapeaux de roues…

Ordonné prêtre, le 17 mars 1938, Barthélémy Boganda, est le premier Oubanguien à embrasser la carrière sacerdotale. Entre-temps, les exactions à l’endroit des populations Oubanguiennes se multiplient. Et lorsque sort le livre d’André Gide « Voyage au Congo », Boganda qui a perdu des membres de sa famille dans ces actes ignobles, n’a qu’une envie, se montrer indispensable. Il n’a rien perdu de ses convictions d’aider les autres, l’Afrique et les africains. Mais comment faire pour se faire entendre? Il a une astuce toute simple. Il commence alors à s’exprimer clairement en faveur des Oubanguiens, il exige sans langue de bois, la fin des sévices. Bientôt, il est très écouté. Les Oubanguiens tombent sous son charme et parlent déjà de lui, comme d’un homme de grand charisme, un sage qui peut susciter la fin de l’exploitation. En 1946, c’est un officier de la coloniale qui représente l’Oubangui-Chari à l’Assemblée territoriale, Barthélemy Boganda flashe donc pour la fonction de député. Il se présente aux élections et est élu député le 10 novembre 1946. La lutte s’amplifie. Le moment est venu pour lui d’effectuer son premier voyage en France. Il rencontre De Gaulle à qui, il fait part des revendications des Oubanguiens. Il obtient l’arrêt total du travail forcé, de la réquisition de la main d’œuvre, des arrestations arbitraires, du travail non rémunéré et de l’interdiction de fréquenter les lieux public. En 1949, Boganda qui n’entend pas en rester à un mandat de député, a pris goût à la politique, il veut poursuivre son combat pour l’émancipation et l’épanouissement de la société africaine et des peuples noirs, fonde le Mouvement de l’Evolution Sociale de l’Afrique Noire (MESAN). Les anecdotes qui racontent comment, ce leader chaud bouillant tenait tête aux colons, sont nombreuses. Mais celle de Berberati, reste la plus incroyable. Un agent européen des travaux publics, connu pour sa brutalité à l’égard des ouvriers, vient d’annoncer la mort de son cuisinier et de l’épouse de ce dernier. La population n’en croit pas un seul mot,une émeute éclate. Craignant l’irréparable, le gouvernement général envoie des parachutistes. Au même moment, des blindés envahissent la ville. Boganda n’a pas peur, il décide de foncer sur Berberati. Alors que les militaires ont dû mal à contenir les émeutiers, Boganda parvient à gagner le milieu de la foule. Une phrase, une seule phrase « Zo Kwe Zo », la justice sera la même pour tous, blancs et noirs, il parvient à calmer la foule déjà surexcitée. On ne jure plus que par lui, popularité s’accroît. Il est élu maire de Bangui, la capitale en 1957 et de président du Grand conseil de l’Afrique Equatoriale Française (ÆF), sans grandes difficultés. Visionnaire, Barthélemy Boganda reste persuadé que le salut pour le continent, c’est l’union, il pense donc aux Etats Unis d’Afrique. Le projet est ambitieux, mais il y croit et il tient à le mener, c’est un challenge pour lui. Dès le début, son idée rencontre l’assentiment de tous. Mais les défections vont se multiplier. Ceux qui tirent les ficelles, de ces défections veulent en découdre avec ce prélat dont l’avenir paraît prometteur. Fulbert Youlou du Moyen-Congo, trouve son projet est prématuré. Dans la foulée, le Gabon et le Tchad suivent les conseillent de l’abbé Fulbert Youlou et se désolidarisent de ce qu’ils considèrent comme, la balkanisation de l’Afrique Equatoriale Française (AEF). L’Union ne verra pas le jour. Le 1 er décembre 1958, Boganda proclame la constitution d’un Etat limité au seul territoire de l’Oubangui-Chari, auquel il donne le nom de République Centrafricaine. Le rêve des Etats Unis d’Afrique n’aura existé qu’en théorie.

Par Valence DOUDANE

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :
search previous next tag category expand menu location phone mail time cart zoom edit close